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Docteur vétérinaire Vincent Fort

Sans vouloir être particulièrement alarmiste, de nombreux dangers guettent nos amis les chiens en été : piqûres de guêpes, d’abeilles ou de moustiques, morsure de serpents, insolation, noyade dans une piscine, épillets …
Ces petits éléments végétaux, apparemment inoffensifs, peuvent se transformer en cauchemar, nécessitant une intervention chirurgicale en urgence. Nos amis Springer en sont très prédisposés du fait de leur pelage dense, long et parfois frisé qui facilite l'accrochage de ces végétaux.

Qu'est-ce qu'un épillet ?

Les épillets (quelquefois appelés « voyageurs », « herbes folles » ou "espigaou" dans le sud de la France) représentent la partie supérieure de la tige de certaines graminées. On trouve des graminées un peu partout, dans les champs cultivés, dans les herbes hautes sauvages, le long des chemins, dans les prés ou sur les terrains vagues.
L'épillet des graminées est composé en général de deux glumes et d'une ou plusieurs fleurs dont chacune est placée entre une glumelle supérieure et une glumelle inférieure. Les glumelles inférieures portent des petits crochets ou barbules.
Les épillets constituent un danger lorsqu ’ils sont secs, c ’est-à-dire de mai à septembre.

Quels sont les dangers ?

Les épillets, du fait de la présence de leurs barbules, ont tendance à migrer dans les orifices naturels du chien : oreille principalement, mais aussi narines ou yeux. Leur hampe (ou tige), très dure, peut même percer la peau du chien, surtout dans les plis de peau et les espaces interdigités (entre les doigts des pattes, entre les coussinets).
L’orientation des barbules fait que lorsque les épillets sont entrés dans la peau, ils ne peuvent en ressortir.

Quels sont les symptômes ?

Cela dépend de la localisation : La pénétration de l’épillet dans l’oreille est douloureuse. Le pavillon auriculaire (la partie visible de l’oreille) devient généralement rouge, le chien se gratte ou se frotte. Il penche la tête sur le côté. S ’il secoue la tête, cela a tendance à faire avancer l’épillet dans le conduit auditif ; l’épillet peut alors perforer le tympan, d’où une très forte douleur et l’apparition d’une otite.

La pénétration d’un épillet dans les espaces interdigités provoque des démangeaisons importantes et l’apparition de zones enflées, rougeâtres, souvent suintantes. Le chien se lèche l’extrémité de la patte. Si un abcès se forme, le chien se met à boiter.
Si l’épillet réussit à percer la peau du chien, il peut provoquer un abcès, parfois à grande distance du point d’entrée, en raison d’une fistulisation possible (l’épillet remonte sous la peau ou s’enfonce dans les chairs).

La présence d ’un épillet sous les paupières est très douloureuse : le chien garde l’oeil fermé en permanence, des écoulements apparaissent. S’il n’est pas retiré rapidement, l’épillet peut perforer la cornée.

Les épillets inhalés restent dans la majorité des cas dans les cavités nasales, provoquant des éternuements parfois spectaculaires et des saignements de nez. Ils peuvent migrer dans les sinus, les canaux lacrymaux, le pharynx… provoquant des dégâts importants. Ils peuvent aussi descendre dans les bronches et traverser le poumon pour atteindre ensuite différentes parties de l’organisme. Ils se localisent quelquefois dans un espace intervertébral lombaire, entraînant douleur et paralysie.

Si les dents du chien sont en mauvais état et que des poches se sont creusées dans les gencives, un épillet peut s’y loger, puis migrer dans les glandes salivaires, entraînant un abcès parfois visible extérieurement. Les épillets sont responsables de fistules au niveau de l’anus, d’abcès au niveau du fourreau, de la vulve ou du vagin. Dans le 1er cas, le chien a tendance à s ’asseoir et à frotter son derrière sur le sol. Un épillet dans les voies urinaires provoque des douleurs lors de la miction.

Sauf exception, un épillet avalé est digéré sans difficulté.

Quel est le traitement ?

Les épillets doivent être manipulés avec beaucoup de précautions, car une fois secs ils ont tendance à s’effriter facilement : il faut faire bien attention à ne pas laisser de petits débris sur la peau. Saisissez -les délicatement par la pointe avec une pince à épiler et tirez doucement. Si l’épillet casse et que des fragments subsistent ou si vous n ’arrivez pas à le retirer, rendez-vous chez votre vétérinaire rapidement, avant que l ’épillet n’ait continué sa progression. Attention, lorsque vous retirez un épillet de l ’oreille, à ne pas au contraire l’enfoncer plus profondément.

Les épillets ayant pénétré dans l’organisme doivent être extraits chirurgicalement, sous anesthésie générale. Cette chirurgie est compliquée et parfois délabrante, d ’autant plus que le point d’entrée est loin de la localisation finale. Un traitement anti-inflammatoire et antibiotique peut être prescrit en complément de l ’intervention chirurgicale.

Il est fréquent qu’au moment où les symptômes apparaissent, le point d’entrée de l ’épillet se soit refermé. Il est alors très difficile d’établir l’origine de l’inflammation… Les épillets ne sont pas visibles à la radio mais on peut parfois voir les conséquences de leur passage.

Comment prévenir ?

Les chiens à poils longs ou bouclés et ceux à oreilles tombantes sont prédisposés. Il est nécessaire, chez ces chiens, de couper ou tondre avant l’été les poils à l’intérieur de l’oreille et entre les doigts. Si vous n’êtes pas sûr de vous, faites appel à un toiletteur.

En revenant de promenade, brossez et inspectez soigneusement le pelage de votre chien et éliminez tous les débris végétaux (profitez-en pour vérifier l’absence de tiques !).

En cas de doute, si votre chien présente l’un des symptômes précédemment décrits et si vous notez sur sa peau une petite boule ressemblant à un bouton desséché, il est préférable de vous rendre chez votre vétérinaire. Ne laissez pas votre chien jouer dans les herbes hautes ou dans le foin.
Tondez régulièrement la pelouse.